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Crise politique malgache: une année 2013 à quitte ou double.

11 Avril 2013

Avec le mois de mars qui vient de passer, Madagascar vient d'entrer pleinement dans sa quatrième année de transition. Une période transitoire qui s' apparente, au fil du temps, à un mandat électif, notamment, présidentiel et qui commence sérieusement à inquiéter tous les observateurs de la scène politique malgache, nationaux et internationaux. L'ensemble même de la population malgache se lasse de cette atmosphère ambiante d'instabilité politique exacerbée par le marasme économique, l'inflation galopante et surtout l'insécurité.

Le grand "Ouf" de soulagement a été poussé lorsque l'ancien président déchu, Marc Ravalomanana, et l'actuel président de la Transition, Andry Rajoelina ont, tour à tour, annoncé leur désistement à la course à la présidentielle. Ce soulagement a été favorablement ressenti par la classe politique malgache, la population et surtout la communauté internationale, qui, il faut le souligner, a beaucoup pesé sur la décision des deux protagonistes à la crise en ayant usé la manière forte de la diplomatie sur les deux personnalités, d'autant que les pourparlers menés sous son égide à travers la SADC (Communauté de développement des États d'Afrique Australe) ont largement échoué durant ces quatre années de crise politique. Aujourd'hui, l'espoir est donc permis pour les prémices de sortie de crise avec l'organisation de nouvelles élections démocratiques, libres et transparentes. Malgré un tâtonnement au départ, en particulier, sur le report de la date des élections, prévues initialement au mois de mai de cette année puis repoussées en juillet, la CENIT ou la Commission Électorale Nationale Indépendante, organe chargé d'organiser les élections montre des signaux au vert quant au déroulement des scrutins et au respect du calendrier électoral. Techniquement, tout est prêt selon sa truculente présidente, Attalah Béatrice. En effet, elle et son organe bénéficient d'un soutien fort de la part de la communauté internationale qui parie gros sur ces élections pour se dessaisir enfin de l'encombrant "dossier Madagascar" et sa crise. Pour autant, le doute et le pessimisme subsistent quant à la tenue de ces élections ou même à la résolution de la crise dans sa forme actuelle.

Une réconciliation nationale qui peine

En effet, une frange de la classe politique malgache redoute la bonne tenue de ces élections. Non pas par les moyens déployés, car la communauté internationale ne ménage pas les efforts pour épauler la CENIT, mais par le fond. Ces politiciens estiment que l'apaisement n'est pas encore atteint pour mener le pays vers les élections, qui, dans l'histoire de Madagascar, depuis son indépendance, constituent les principales sources de crise. C'est une analyse qui n'est pas fausse en soi. On constate encore aujourd'hui que la réconciliation nationale peine à trouver ses marques, or que c'est la base de l'apaisement tant politique que social. La feuille de route de sortie de crise proposée par la communauté internationale, signée par l'ensemble des partis politiques et qui vaut aujourd'hui force de loi par ratification des deux chambres parlementaires prévoit cette réconciliation. Elle l'impose même par la mise en place d'une institution, le FFM ou le Conseil de la Réconciliation Malgache, mais à trois mois du premier tour de la présidentielle, elle n'est toujours pas opérationnelle. L'article 20 de cette même feuille de route stipulant le retour des exilés politiques à l'étranger, pour permettre à Ravalomanana de rentrer au pays, est difficilement applicable pour le pouvoir. Ce qui laisse, en effet, à penser que ces élections, dans les circonstances politiques actuelles ne pourraient constituer un élément fédérateur de sortie de crise. D'où l'enjeu majeur d'une organisation irréprochable des élections. Une responsabilité lourde de sens mais aussi de conséquences qui repose désormais sur les épaules de Attalah Béatrice et de la CENIT.

Pas d'aides internationales jusqu'en 2020

Mais Madagascar dispose-t-il encore de temps pour tergiverser et faire l'impasse sur ces élections en cette année 2013? A voir la situation socio-économique du pays, la réponse est non. Madagascar a déjà beaucoup perdu, trop perdu. Ces quatre années de transition ont trop duré et ont laissé des traces, hélas néfastes sur le développement du pays. Le pays doit avancer et seules les élections peuvent permettre à ce pays de retrouver une espèce de stabilité. Attalah Béatrice a déjà prévenu: sans les élections en 2013, Madagascar ne pourra désormais bénéficier des aides internationales jusqu'en 2020. Voilà qui pourrait refroidir le scepticisme de certains politiciens quant à l'opportunité de ces élections. Et en se passant pour son porte-voix, elle confirme la confiance dont lui fait preuve la communauté internationale. Toutefois,au-delà de ces élections, il ne faut pas se leurrer. Le travail de sortie de crise restera encore de longue haleine. Le futur président de la république et le futur pouvoir doivent déborder d'ingéniosité pour trouver les bons ingrédients afin de fédérer les Malgaches dans le rédressement du pays. Ce qui est sûr, 2013 restera une année pas comme les autres dans l'histoire de Madagascar. Une année de tous les espoirs comme ça pourrait être, malheureusement, une année de tous les dangers. Bref, une année à quitte ou double.

Eddy Rabe

Attalah Béatrice, présidente de la CENIT. Magistrat de formation, l'organisation des élections en vue de sortie de crise à Madagascar repose sur les épaules de cette femme à poigne.

Attalah Béatrice, présidente de la CENIT. Magistrat de formation, l'organisation des élections en vue de sortie de crise à Madagascar repose sur les épaules de cette femme à poigne.

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Jaffar 14/04/2013

Il est indéniablement vrai que tout le monde ici à Madagascar se lasse de cette crise politique qui a détruit pas mal de valeurs qui ont forgé la société malgache. N'en parlons plus de la situation économique qui a enfoncé la Grande Ile dans le gouffre de la pauvreté !
Le tableau est donc plus que noir car on vit le jour au jour pour survivre.
Heureusement il y a encore la machine administrative qui fonctionne tout doucement et ce, grâce aux fonctionnaires.
Tout le monde admet aujourd'hui que seule l'élection, en occurrence présidentielle, est la seule voie d'issue pour notre chère patrie. Mais rien n'est encore acquis dans ce domaine, car les embûches ne sont pas toutes démantelées. Parmi celles-ci il y a, certes, la réconciliation nationale. Malgré la mise en place tardive de la FFM, le FFKM a répondu aux appels de plusieurs ténors politiques nationaux en organisant d'ici peu le dialogue malgacho-malgache, tant demandé par Didier Ratsiraka, pour concrétiser certains points non appliqués dans la Feuille de route. Vu l'engouement de plusieurs politiciens à prendre part à cette rencontre, j'ose espérer qu'on va retrouver une solution, un terrain d'entente même si la date de la première élection pourrait être révisée.
Le grand problème actuel c'est le retour de Marc Ravalomanana ! Mais est-ce vraiment un grand problème ? Pourquoi craint-on son retour ? Est-ce qu'il fait toujours peur aux Malgaches ? Ou certains politiciens ne désirent pas pour le moment son retour ?
Si on jette un coup d’œil à la liste officieuse des candidats potentiels à la course de la magistrature suprême, on constate que la plupart d'entre eux n'ont pas de bases politiques mais ce sont plutôt des aventuriers politiques, des opportunistes qui tentent leur chance au grand dame de ceux qui ont leurs racines dans les six provinces mais qui sont absents ou presque dans cette course.
C'est pourquoi, il y a certains qui ont bénéficié bien avant de l'appui du régime transitoire et qui préfère se cavalier seul aujourd'hui, avec tous les moyens dont il dispose, pour brûler les étapes en violant les règles des élections. Quelques candidats font déjà leur propagande, même si la CENIT, n'a pas encore donné son feu vert, avec l'aide des Chefs des Régions dans presque toutes les régions de Madagascar. Il y a aussi ceux qui sillonnent la Grande Ile pour soi-disant inaugurer ou visiter un tel endroit, mais qui, derrière le tabernacle, déploient leurs sympathisants pour faire des portes à portes ou distribuer des calendriers...
Mais dans tout cela, qu'est-ce que pensent les Malgaches ? Ceux qui ne trouvent presque plus rien à manger, ceux qui travaillent la terre pour avoir quelques sous à subvenir aux besoins de sa famille, ceux qui vivent presque dans la peur d'être dérobé par les "dahalo", ceux qui ont perdu leur travail à cause de cette crise...? Les politiciens s'en foutent éperdument ! Pour eux, la priorité c'est d'avoir le pouvoir politique, la place politique, en premier lieu ; le reste c'est après.
Mais quoi qu'il en soit, il faut trouver une solution acceptée par tout le monde pour faire sortir Madagascar du marasme socio-économique qu'il vit depuis quatre ans déjà. Cette solution est l'élection.

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